#53 : PalĂ©ogĂ©nomique, fat bashing, et mĂ©decine fonctionnelle – Dr Georges Mouton

Mar 21, 2023 | Nutrition, Sciences | 5 commentaires

La mĂ©decine fonctionnelle fait le lien entre tous les dĂ©terminants de la santĂ© d’un individu : son gĂ©nome, ses antĂ©cĂ©dents, ses habitudes de vie, ses niveaux de micro-nutriments, son profil d’acides gras… J’ai moi-mĂŞme testĂ© cette mĂ©decine intĂ©grative pour prĂ©parer cet Ă©pisode et nous discuterons de mes rĂ©sultats en toute transparence avec le Dr Georges Mouton.

Cet insatiable curieux est aussi prĂ©curseur de l’analyse gĂ©nĂ©tique : dans le prĂ©cĂ©dent Ă©pisode, nous avions parlĂ© du gène APOE. Aujourd’hui, nous nous intĂ©ressons aux variantes DIO2 qui rĂ©gulent les hormones thyroĂŻdiennes et dont l’Ă©volution au cours de l’histoire cristallise nos changements d’habitudes alimentaires.

Enfin, nous reviendrons sur l’importance des graisses dans notre alimentation, ses dernières ayant trop longtemps souffert du fat bashing, au profit des glucides qui pourtant favorisent les fluctuations de la glycĂ©mie ou encore la caramĂ©lisation de notre cerveau. Malheureusement, 3h n’auront pas suffit Ă  venir Ă  bout d’une conversation entre deux passionnĂ©s par la vie, et une partie 2 est d’ores et dĂ©jĂ  programmĂ©e !

La sagesse de la Mamma (07:00)

  • Je devais accompagner une femme Sicilienne en fin de vie. Après analyse de sang, j’ai dĂ©crĂ©tĂ© qu’il fallait enlever 9 mĂ©dicaments sur 12. Elle s’est Ă©teinte 10 ans après en pleine forme ;
  • Une bonne mĂ©decine n’est pas que chimique ! ;
  • Sa fille et ses petites-filles ont essayĂ© d’imiter sa technique pour prĂ©parer un gâteau de Savoie : elles n’ont jamais rĂ©ussi Ă  refaire le mĂŞme gâteau alors que la mamma Sicilienne rĂ©ussissait toujours de la mĂŞme manière son gâteau ! ;

La science de la paléogénomique (12:25)

  • Quand le palĂ©olithique se termine pour aller au nĂ©olithique, on parle du mĂ©solithique ;
  • Un article relate l’apparition d’un nouveau variant sur le gène DIO2 qui permet de mieux activer les hormones thyroĂŻdiennes (T4 en T3) ;
  • Les espèces humaines avec lesquelles nous avons cohabitĂ© (les diffĂ©rents Homo et NĂ©andertal) n’avaient pas ce variant ;
  • MĂŞme si l’agriculture a dĂ©marrĂ© dans le sud de la Turquie il y a 12 000 ans, il y avait dĂ©jĂ  des changements : dans le nord-est du Maroc, ils ont trouvĂ© des traces de sĂ©dentarisation. Ces hommes ont donc commencĂ© Ă  manger plus d’aliments comprenant des fĂ©culents. Ça coĂŻncide avec la première dĂ©tection de ce variant ;
  • Quand on a une alimentation plus riche en hydrate de carbone (glucides), il faut plus d’hormones thyroĂŻdiennes pour gĂ©rer ce changement alimentaire ;
  • La gĂ©nomique c’est une manière de personnaliser la comprĂ©hension et donc les conseils qu’on peut donner. Ce n’est pas de la pathologie mais des rĂ©glages ;
  • Les NĂ©andertals souffraient beaucoup d’une faible population et il n’y avait pas assez d’échanges gĂ©nĂ©tiques ;

L’importance de la thyroïde dans la régulation de notre métabolisme (28:11)

  • La thyroĂŻde, c’est une glande particulière. On ne peut pas la mettre sur le mĂŞme rang que les autres glandes ;
  • Les rĂ©cepteurs Ă  T3 se situent dans toutes les cellules du corps et donc c’est la thyroĂŻde et ses dysfonctionnements qui provoquent des perturbations dans les menstruations ;
  • La mĂ©decine nutritionnelle, c’est bien beau mais quid des personnes qui ont des problèmes thyroĂŻdiens ou endocriniens  ?
  • L’auto-immunitĂ©, c’est un flĂ©au des temps modernes : c’est la quatrième cause de mortalitĂ© ;
  • La maladie auto-immune la plus frĂ©quente c’est la thyroĂŻdite auto-immune : il y a des hypothyroĂŻdies (plus de 90% sont auto-immunes) et hyperthyroĂŻdies ;
  • La thyroĂŻde, c’est incontournable ! ;
  • Il y a un siècle, la principale culture pseudo-cĂ©rĂ©alière, en France, c’était le sarrasin (qui est une graine). Aujourd’hui, on ne retrouve plus que du blĂ© ; 
  • Il y a une dĂ©rive gĂ©nĂ©tique avec des sĂ©lections et des tripotages du nombre de chromosomes qui fait que le gluten contribue Ă  des hyperthyroĂŻdies ;
  • C’est bien beau de mieux convertir T4 en T3, mais ce n’est jamais qu’une conversion : quand il y a un T3 de plus, il y a un T4 de moins. Et donc une cartouche de moins dans le mitrailleur ;
  • Les NĂ©andertaliens Ă©taient des surhommes, ils pesaient 100 kg de muscles ! ;

Le génotype DIO2 (45:00)

  • Le gĂ©notype DIO2 qu’on appelle homozygote variant aujourd’hui est en rĂ©alitĂ© le sauvage ancestral. On l’appelle variant aujourd’hui parce qu’il n’est plus la norme ;
  • La version qui favorise la conversion qui domine aujourd’hui n’existait pas il y a 50 mille ans. Il y a une sĂ©lection pour le variant. 
  • Je pensais que cette activation Ă©tait motivĂ©e par le besoin de s’adapter aux hydrates de carbone dans l’alimentation mais en fait je trouvais suspect l’avantage sĂ©lectif pour une modification aussi rapide du gĂ©nome ; 
  • De toute façon, c’est bien beau de convertir T4 en T3 mais si les stocks de T4 s’épuisent, il y aura un manque de T3 ;
  • Les patients qui ont les deux copies ancestrales de ce gène, je leur demande de manger hight fat low carb ;
  • La subtilitĂ© consiste pour ce gĂ©notype de ne pas avoir besoin de convertir. Au lieu de toujours ajuster la T3, enlever les glucides permet de ne pas ajuster tout le temps ;
  • 13% de la population ont ce gĂ©notype ancestral et ils se sentent mieux en mangeant moins de glucides et plus de graisses ;
  • Il n’y a pas que le DIO2, il y a la capacitĂ© que les hommes du nord de l’Europe ont dĂ©veloppĂ©e pour maintenir la sĂ©crĂ©tion de lactose (tolĂ©rance aux lactoses) qui est venu avec l’élevage il y a 7 000 ans ;
  • En rĂ©sumĂ© : DIO2 moderne = meilleure conversion T4/T3 alors que DIO2 ancestraux, il vaut mieux avoir un rĂ©gime hight fat low carb.

Le génotype qui résiste le mieux à la Covid-19 (55:00)

  • Les trois grandes familles de macronutriments : glucides, lipides et protĂ©ines ;
  • L’équilibre des macronutriments est fondamental ;
  • Une bonne Ă©tude montre que la mortalitĂ© du covid est significativement plus faible chez les hĂ©tĂ©rozygotes (qui ont une meilleure dĂ©fense antivirale) ; 
  • Les deux versions homozygotes ont des dĂ©savantages : les ancestraux ne font pas assez de T3 pour combattre le Covid mais les modernes Ă©puisent trop leur T4 en T3. 
  • L’air nĂ©olithique amène la sĂ©dentarisation et l’élevage mais aussi l’urbanisation et donc des risques infectieux comme l’a montrĂ© la covid : on a eu une accĂ©lĂ©ration du variant moderne ;
  • Dans mes patients, j’ai plus hĂ©tĂ©rozygotes que d’homozygote ; 
  • Des gĂ©notypes hĂ©tĂ©rozygotes favorisants est un phĂ©nomène rare ;

Les changements de mode de vie de Sapiens (1:06:27)

  • Le nĂ©olithique, sur le plan santĂ©, c’est une catastrophe ;
  • L’agriculture, l’élevage et la sĂ©dentaritĂ© ont permis d’avoir une croissance dĂ©mographique mais l’humain a perdu 10 cm en taille et a une santĂ© buccale très mauvaise ;
  • On a repris la croissance avec l’hygiène et l’alimentation depuis l’ère chrĂ©tienne ;
  • L’argument selon lequel on ne vivait que 30 ans au palĂ©o est faux : il y avait une mortalitĂ© infantile très forte qui baisse la moyenne d’âge et beaucoup plus d’accidents qu’aujourd’hui ;

L’importance de la vitamine A (1:13:10)

  • La vitamine A naturelle est très importante pour la conception du futur nouveau-nĂ© ;
  • L’activation du bĂŞtacarotène en vitamine A dĂ©pend de la T3 et donc les personnes qui manquent de T3 manquent de vitamine A ;
  • La vitamine A est nĂ©cessaire pour le bon fonctionnement thyroĂŻdien, c’est donc un cercle vicieux ;
  • Un signe majeur d’hypothyroĂŻdie : les mains orange ;
  • La mĂ©decine fonctionnelle, c’est connaĂ®tre le vivant et connaĂ®tre la santĂ© alors qu’on apprend aux mĂ©decins de nos jours la maladie ;

Les variantes APOE selon la position géographique de nos ancêtres (1:19:40)

  • L’APOE 4 Ă©tait l’unique version en Afrique au dĂ©but d’Homo Sapiens ;
  • La plupart de mes patients manquent de graisses alors que le problème c’est la graisse saturĂ©e et les excès de cholestĂ©rol ;
  • La graisse, elle est aussi vĂ©gĂ©tale ! ;
  • Les personnes de nos jours mangent trop de glucides et pas assez de graisses ;
  • L’huile c’est l’exception : il n’y a que du gras alors que pour les autres, il y a toujours des protĂ©ines qui vont avec ;
  • L’intĂ©rĂŞt des lĂ©gumineuses c’est qu’il y a des fibres : pour les APOE4 c’est très intĂ©ressant ;
  • Les conseils de nutrition donnĂ©s en fonction du gĂ©notype c’est de l’arnaque ! ;

Fat Bashing : Pourquoi nous manquons de graisses ? (1:36:20)

  • Nous manquons de graisses parce qu’elles ont Ă©tĂ© dĂ©criĂ©es ;
  • La plupart du temps, les personnes manquent d’acides gras ;
  • La texture souple de la peau dĂ©pend principalement des omĂ©ga 6 ;
  • Celui qui mange trop de junk food aura trop d’omĂ©ga 6 et manquera d’omĂ©ga 3 ;
  • Faites un test d’acide gras au moins une fois dans votre vie ;

Mon propre cas étudié par la médecine fonctionnelle (1:45:03)

  • Il faut du temps pour apprĂ©cier si le changement est bĂ©nĂ©fique ;
  • Les personnes s’obstinent Ă  vouloir manger avant de faire du sport par peur de ne pas avoir assez d’énergie. C’est ok mais Ă  condition d’avoir fini sa digestion (3h avant) ;
  • Après un effort intense, il y a une fenĂŞtre Ă  respecter pour manger (15 min) ;
  • Le lien entre dĂ©ficit de sĂ©lĂ©nium et cancer est Ă©tabli ;
  • C’est la pratique sportive qui provoque ce dĂ©ficit chez David ; 
  • “Mangez variĂ© et vous ne manquerez de rien”, c’est faux ; 
  • Le sĂ©lĂ©nium et le zinc, c’est tellement important ! Faites-vous contrĂ´ler au laboratoire ;
  • C’est comme la B12 : si vous ĂŞtes carnivore et que vous ĂŞtes en dĂ©ficit, il y a une mauvaise absorption intestinale ;
  • Il faut investir dans sa performance ;
  • Je suis terrifiĂ© car en France, il y a beaucoup d’assistanat ! ;
  • Le jeĂ»ne intermittent est l’arme absolue pour lisser la glycĂ©mie ;
  • David ne mange pas beaucoup de sucre mais le peu de glucide n’est pas mangĂ© dans le bon timing ;
  • On n’est pas tous Ă©gaux, la microbiote intestinale joue un rĂ´le important ;
  • La chronologie est aussi importante que la quantitĂ© : il vaut mieux dĂ©marrer le repas par les protĂ©ines et les lipides, et introduire ensuite les glucides pour Ă©viter un pic d’insuline ; 
  • Un taux d’hĂ©moglobine glyquĂ©e trop Ă©levĂ©, c’est la caramĂ©lisation du cerveau ;

Quand et combien de fois manger (2:05:15)

  • Les personnes qui mangent 6 fois par jour ne sont pas des humains ! ;
  • Ça fait sens de manger quand il fait jour ;
  • Aucune preuve scientifique ne prouve qu’il ne faut pas manger de protĂ©ine le soir ;
  • Je vous conseille de dormir avant 22h30 ;

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